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Le festin de Babette - d'après Karen Blixen


Le festin de Babette

Dans une petite ville des montagnes norvégiennes, une communauté luthérienne stricte, à la fin du XIXe siècle. Deux sœurs, enfermées dans le souvenir pieux de leur père pasteur, s’empêchent de vivre.
Marta et Philippa se voient obligées - pour des raisons à la fois charitables et sentimentales - de recueillir chez elles une femme française.
Babette, cheffe cuisinière géniale et communarde fuyant la guerre civile, entre à leur service. Elle va transformer leur vie.
« Partout dans le monde, un long cri monte du cœur de l’artiste : Donnez-moi la possibilité de créer ! »

Karen Blixen

Karen BLIXEN (1885-1962), une exceptionnelle conteuse
Karen BLIXEN est née DINESEN le 17 avril 1885, à Rungstedlund, d’une famille aisée de fermiers et marchands du Danemark, une richesse dans la discrétion et par le travail. La jeune Karen, une féministe, estimant sa famille étouffante, est attachée à sa liberté « Il y a toujours, pour chacun de nous, quelque chose plus important que tout le reste, et je crois bien que, pour moi, c’est la liberté. (…) Je place ma liberté au-dessus de tout.» écrit Karen BLIXEN dans ses Lettres d’Afrique. Sa mère, Ingeborg WESTENHOLZ était une suffragette, luttant pour la liberté des femmes. […]
Karen Blixen fait face aux difficultés de sa vie grâce à la création littéraire. En rêveuse, mais astreinte à une discipline d’écrivaine, Karen BLIXEN a toujours eu confiance en ses talents littéraires […] Lutteuse dans l’arène, l’auteure recommande de s’armer de courage, de résilience, d’amour, de sincérité et de générosité, afin de surmonter ses faiblesses. […] Sa production littéraire est lente, ses écrits « mitonnés » et travaillés pour rester dans l’éternité : « J’ai dû réécrire un bon nombre de choses une cinquantaine de fois. Ça en valait la peine » dit-elle. […]
Karen BLIXEN a d’abord écrit des contes « J’appartiens à une étrange, oisive, sauvage et inutile tribu, dont je suis peut-être le dernier membre : je suis une conteuse » écrit-elle. […]
Son conte, le Dîner de Babette est porté à l’écran par Gabriel AXEL. « D’une histoire, elle faisait une essence, de l’essence, elle faisait un élixir, et avec l’élixir, derechef, elle se mettait à composer l’histoire » écrit Karen BLIXEN. « Moi aussi, je suis une artiste» sont les derniers mots de ce livre écrit en 1958, ils pourraient résumer la personnalité de Karen BLIXEN.
d’après Amadou Bal BA : « "Karen BLIXEN et sa ferme africaine », 4 sept. 2020

A propos du spectacle



Pourquoi mettre en scène Le festin de Babette ?
Lise Achard : En 2020, le confinement nous a contraints à arrêter la diffusion de notre précédent spectacle Être ici est une splendeur, vie de Paula Modersohn Backer. Nous avons voulu engager un nouveau projet. A la suite de Paula, où la peinture était déjà bien présente, Christiane Samuel avait à cœur de créer un spectacle à partir des œuvres de Wilhem Hammershoi. C’est en feuilletant le catalogue de l’exposition de 2019 au musée Jacquemart-André que nous sommes tombées sur les photos du film de Gabriel Axel (de 1987) Le festin de Babette, d’après Karen Blixen. Ce fut un premier déclic. 
A la lecture de la nouvelle de Karen Blixen, nous avons trouvé à la fois le thème de la création artistique et la dimension magique du personnage de Babette. Je venais de lire le livre de Mona Chollet sur les sorcières (Sorcière, la puissance invaincue des femmes). Cette dimension du personnage, absente de la version cinématographique, nous semblait intéressante à creuser.

Quel lien entre ce texte de Karen Blixen se déroulant à la fin du XIXème siècle et l’essai de Mona Chollet très contemporain ?
L.A. : Dans ce texte, il est question pour des femmes de se dégager d’une domination masculine, incarnée par le père, pasteur, qui empêche ses deux filles de vivre leurs vies de femmes, d’amoureuses, d’artistes pour les garder à son service – et cela même après sa mort, dans le poids du souvenir. Le personnage de Babette est dans une position atypique : par son métier d’homme (chef cuisinier), un savoir-faire reconnu, et un engagement politique fort. Sa puissance créatrice fait peur mais libère les sœurs. Elle est à la fois vecteur de création artistique et de destruction salvatrice. Elle prend une place très surprenante pour l’époque, mais qui l’est toujours aujourd’hui. C’est une « femme puissante ».

Quelles figures de femmes puissantes convoquez-vous dans votre mise en scène ?
L.A. : Nous avons cherché un effet visuel et sonore qui vienne souligner cet effet de puissance : une peinture qui vienne bousculer l’univers d’Hammershoi et une musique puissante, à caractère magique. De préférence, via des artistes femmes. L’univers d’Hammershoi correspond bien au cadre de la communauté luthérienne décrite par Karen Blixen. Lumières froides, costumes sobres, encadrements, femmes isolées. Mais celui-ci ne peut pas convenir au tempérament du personnage de Babette. On a cherché du côté des couleurs, des formes organiques, végétales. Ce fut l’Arbre de vie Séraphine de Senlis. Peinture sauvage, fiévreuse. A celui-ci, nous avons associé les Bachianas Brasileiras chantées par Joan Baez. Cette musique qui reprend des thèmes folkloriques brésiliens se marie admirablement avec la luxuriance des tableaux de Séraphine de Senlis, ses feuilles, ses fruits, pouvant évoquer le sexe féminin. Portée par une chanteuse à la voix bouleversante, qui est également une figure de la lutte politique.

Ce contraste entre l’univers Hammershoi et celui de Séraphine de Senlis correspond également à deux rythmes différents …
L.A. : Il y a deux parties dans le spectacle, chacune avec un rythme propre. L’histoire des deux sœurs, portée par le rythme lent et répétitif de la prière. Les perturbations potentielles apportées par les rencontres amoureuses n’arrivent pas à briser ce tempo imposé par le père. C’est l’arrivée de Babette qui, par sa présence et sa radicalité, va réussir en douceur à modifier la manière de vivre des deux sœurs. Ces deux rythmes correspondent également à deux sensibilités spirituelles différentes. D’un côté un ascétisme luthérien, désirant fortement Dieu mais se perdant peu à peu dans l’abstraction ; de l’autre, la culture catholique de Babette, beaucoup plus charnelle. Et elle-même se considère comme une artiste, une force créatrice.

Le festin comme une Cène ?
L.A. : Oui, Babette est une figure christique. Souffrance, sacrifice, don de soi. Son festin produit de la reconnaissance - grâce à la médiation du Général - et de la réconciliation au sein de la communauté.
On avait envie de mettre en scène de la nourriture. Mais, contrairement au cinéma, on ne pouvait pas reproduire le menu de la nouvelle. On a resserré autour de l’essentiel, et notamment le pain et le vin. On retrouve la Cène. Le pain immangeable, et la bière imbuvable sont rendus comestibles et sont même sublimés par la magie de Babette.
 
Comment organise-t-on un festin sur scène ?
L.A. : Dès le départ, je voulais cuisiner réellement sur scène comme j’avais réellement peint dans Être ici est une splendeur. Je voulais parler aux sens des spectateurs, à travers la vue, le toucher, l’odorat. Mais pour traduire l’extravagance du festin, il a fallu démultiplier les effets, par le dessin et le théâtre d’objets.
On aurait même eu envie de partager davantage et d’inviter les spectateurs à table. On fera peut-être évoluer le spectacle dans ce sens si la situation sanitaire s’améliore. Dans ce contexte de pandémie, le constat de Babette sur la nécessité de la création s’est révélé criant.

Equipe du spectacle



Dramaturgie, mise en scène et scénographie : Lise Achard et Christiane Samuel
Dessins et peintures : Lise Achard
Création technique et régie : Xavier Vilain

Interprétation : 
Babette :    Lise Achard
Philippa :    Amandine Jouaneton
Marta :    Christiane Samuel
Lorens Lewenhielm, Achille Papin, les commerçants :    Mathieu Lelarge

Et les voix de Evelyne, Bernard, Marie-Noëlle, Bruno, Claude et Michel

Musique : BACHIANAS BRASILEIRAS n°5 pour soprano et 8 violoncelles– Aria 
composition : Heitor VILLA-LOBOS (1938)  – interprétation : Joan Baez (1965)

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